19 août 1914

Le 19 août 1914 :

Marche de 11 km de Juvelize vers Saint-Médard. Mission tenir les lisières sud du bois de Bride et Koecking entre Saint-Médard et le moulin de Beck (soit 1800 m de front pour 2 bataillons => 2000 hommes ce qui fait pratiquement 1 homme par mètre).


 

On nous envoie à la mort, la région de Morhange est le le terrain de manœuvre des allemands, c’est là qu’il nous attende, ce n’est pas pour rien que la gare de Morhange est une des plus importantes de la région : c’est pour mieux accueillir les troupes de renfort. Les allemands fuient devant nous, les lâches !! mais c’est pour nous attirer dans le traquenard, ils se réfugient dans des tranchées aménagées et là ils laissent leur artillerie lourde et leurs mitrailleuses s’en donner à cœur joie. Les tirs sont préparés, c’est à dire qu’ils s’effectuent sur des coordonnées connues, nous comprenons maintenant l’utilité de ces piquets et de ces bâches de couleur posées sur les meules de foin, ce sont leurs repères. Les tirs sont d’une précision redoutables, les allemands sont comme à l’exercice.

C’est un carnage pour tous les régiments engagés.


Bilan des pertes par le colonel commandant le 40ème RI


C’est ici que je suis grièvement blessé.

car comme nous traversions le village de St Médard nos éclaireurs nous annonce une patrouille de Cavalerie ennemie mais il n’y a pas à intervenir car ils ont fui à notre approche mais en plein milieu de la forêt de St Médard qui se trouve à proximité du village du même nom un fort contingent ennemi donc nous sommes obligés d’attaquer les compagnies forment la carapace1 et s’avancent les unes après les autres suivant les ordres jusqu’à un fossé, là on se couche et on fait des feux2 on réussit à déloger l’ennemi de sa première tranchée, pour me porter dans le fossé je suis obligé de lâcher mes amis et de chercher un abri pour tirer sans être vu mais malheureusement des balles abattent plusieurs de mes voisins et moi suis touché à mon tour par un obus allemand (un 77) qui éclate au dessus de ma tête me déchiquetant le pied qui a été enfoncé à plusieurs centimètres dans la terre, me faisant une éraflure à la cuisse et une autre dans les reins, mais ça n’a été que superficiel3, malgré la douleur que je ressentais j’ai pu en m’aidant des deux mains arracher mon pied qui était enfoncé dans la terre, néanmoins j’ai pu faire une dizaine de mètres en arrière, là j’ai été recueilli par un ami nommé Coulon qui m’a emporté sur son dos derrière un abri où un infirmier m’a fait le 1er pansement avec mon paquet individuel, mais impossible d’arrêter l’hémorragie on avait du me couper les restes de chaussettes et de soulier avec mon couteau, il ne fallait pas songer à rester là aussi j’aperçois l’ordonnance du lieutenant mitrailleur et le prie de me conduire jusqu’au major qui se trouve sur la route et qui me fait un autre pansement, j’ai du rester là pendant quelques temps allongé sur le bord de la route à grelotter et en proie à une fièvre terrible voilà qu’au bout d’un moment les compagnies battent en retraite on donne l’ordre aux hommes valides d’emporter les blessés n’importe comment. C’était pénible à voir moi je réussis à me faire monter sur une bicyclette reposant mon pied malade sur le guidon et soutenu par un soldat de chaque côté nous arrivons ainsi jusqu’au carrefour désigné, là nous attendons les charrettes qui ne viennent nous chercher que vers 10 heures du soir4, nous sommes enfin chargés sur des charrettes réquisitionnées sur lesquelles on a mis un peu de paille, et où on nous met vingt. Mais quelle souffrance pendant le trajet jusqu’au village avec tous les cahots qu’il y avait par ses mauvais chemins, tout le long on entend que des gémissements, je suis obligé de tenir mon pied en l’air car je ne peux sentir que rien n’y touche; nous passons la nuit dans un écurie dans le village de St Médard les habitants nous portent bien du bouillon mais comme soin ils ne peuvent rien faire.

Combat de la Forêt de Bride et Koeking (19 Août 1914)5

Le 19 Août le 15ème Corps a pour mission de prendre l’offensive.

Le 58ème RI doit assurer la liaison entre les 15ème et 20ème Corps. Il reçoit l’ordre de se porter au nord de la forêt. Dès leur arrivée sur les lisières nord, les unités de couverture ouvrent le feu sur des détachements ennemis qui s’avancent sur ces lisières et qui se précipitent dans des tranchées préparées à l’avance.

L’artillerie ennemie pourvue de pièces lourdes, ouvre sur le 58ème RI un feu des plus violents, tandis que la nôtre ne coopère en rien à l’action du régiment.

Le combat prend une violence inouïe. Le feu de l’adversaire, bien abrité dans ses tranchées, nous cause des pertes importantes.

Le Colonel du 58ème RI, prévenu qu’il allait être soutenu par des unités du 40ème RI, engage ses deux bataillons, ne gardant qu’une compagnie de réserve. Cependant, une attaque débouche bientôt sur le flanc droit du régiment. Le Colonel Jaguin, drapeau en main, réunit autour de lui la Compagnie de réserve, et un groupe de la C. H. R. et accueille par une contre-attaque le mouvement débordant de l’ennemi, qui disparaît et ne renouvelle pas sa tentative.

La dure journée du 19 Août, où les 1er et 2ème Bataillons reçoivent le baptême du feu, nous fait perdre environ 700 hommes et plusieurs officiers. Le Capitaine de Jerphanion (commandant la 3ème Cie) est cité à l’ordre de l’Armée pour sa bravoure.

Le sergent Aubery reçoit la médaille militaire, pour son courage et sa décision remarquable. Le Capitaine François, blessé dès le début, ne veut pas abandonner le commandement de sa compagnie (la 2ème Cie), ses deux officiers étant hors de combat, et reçoit ainsi dans la journée, 4 autres blessures. II est décoré de la Légion d’honneur.

Le Sous-Lieutenant Saint-Pierre reçoit une citation pour avoir pris, étant blessé, le commandement de sa section dont le lieutenant avait été tué et l’avoir conservé jusqu’à ce qu’il ait été de nouveau blessé par éclat d’obus et par balle.


1La carapace, probablement « la tortue » comme les romains !!? Le sac au dessus de la tête tenait lieu de casque…J’ai retrouvé ce terme dans d’autres écrits : « S’ils sont pris sous le feu des obus fusants de l’artillerie ennemie, les hommes doivent se coucher à terre, en se serrant et en se protégeant la tête de leur sac ;cela s’appelle «faire la carapace», car les balles des shrapnells ne traversent pas les sacs. »extrait de « Fantassins sous la mitraille » général Jenoudet.

2Ils ouvrent le feu: ils tirent.

3Oui, mais vers 80 ans au cours d’une radio les médecins ont vu des bouts de ferrailles du côté de la colonne vertébrale!!!

4Le 19 août.

5Extrait de : « Historique du 58ème RI » Anonyme, Imp. Rullière, 1920

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