Guerre 14-18 notes additionnelles

Notes diverses

Date

Météo

Trajet

Distance

estimée*

Distance cumulée

7 août

Averses nuit du 6 au 7. Beau.

Vezelise-Benney puis Ferrière

22

22

8 août

Nuit du 7 au 8 : pluie, froid.

Ferrière-Flainval

12

34

9 août

Flainval-Einville

21

55

10 août

Einville- Bois du Haut de la Croix

18

73

11 août

Bois du Haut de la Croix-Coincourt puis ferme de la Fourasse

14

87

12 août

Chaleur torride

0

87

13 août

0

87

14 août

Ferme de la Fourasse-Coincourt

7

94

15 août

Coincourt-Marimont

10

104

16 août

Marimont-Juvelize

10

114

17 août

0

114

18 août

0

114

19 août

Juvelize-St Médard

11

125

* mesurée par rapport aux routes actuelles, la distance réelle est certainement supérieure.

Constitution des unités (simplifiée avec uniquement les régiments d’infanterie) :

XV° corps d’armée

29° division d’infanterie

57° brigade d’infanterie

111°RI (Antibes)

112°RI (Toulon)

58° brigade d’infanterie

3°RI (Hyères)

141°RI (Marseille)

30° division d’infanterie

59° brigade d’infanterie

40°RI (Nîmes)

58°RI (Avignon)

60° brigade d’infanterie

55°RI (Pont St Esprit)

61°RI (Privas)

Je vous invite à faire des recherches sur internet sur le XV° CA qui sera appelé plus tard « le corps maudit » en raison de l’accusation de lâcheté des méridionaux faite par le sénateur Gervais. Combien il était facile d’accuser les autres de lâcheté du haut de son perchoir au Sénat ou à travers un article de presse ! Les régiments ont certes reculés mais avec des taux de pertes supérieurs à ceux de Verdun. La journée du 22 août 1914 sera la plus meurtrière de toute la guerre avec 25 000 morts. Ni les officiers sur le terrain, ni les hommes n’ont failli.

JMO : journaux de marches et opérations, ils ne sont pas tous précis car écrits a posteriori. La rédaction faite probablement à partir d’ordres écrits ou de notes prises sur le moment est souvent synthétique. Exemple la contre attaque du bois du Haut de la Croix le 14 août, n’apparaît pas dans le JMO du 58, pourtant Émile en parle dans sa lettre (avec sûrement une erreur de date, le 13 le 3ème RI est au repos). Le JMO du 3ème RI parle bien d’une contre attaque sur le bois du Haut de la Croix à compter du 14 août mais sans succès (violents tirs d’artillerie, nombreuses pertes). Un bataillon du 3ème RI cantonne à Lagarde le 17 mais cela ne veut pas dire que le bois du Haut de la Croix a été repris ??? Dans aucun document on ne parle du renforcement de la 58ème brigade (29ème division) par le 58ème RI (59ème brigade, 30ème division) mais pourtant Émile cite bien le 3ème RI.

JMO-55RI


JMO du 55RI

 

Historique des régiments : ils ont été rédigés après guerre.

Petites remarques personnelles sur ce début de guerre :

La mobilisation s’est déroulée de manière remarquable, le transport des rappelés et des unités combattantes, l’incorporation étaient soigneusement planifiés. En revanche des soldats (dont Émile) sont partis au front sans aucune préparation (peut-être quelques rappels sur le maniement d’armes??).

Je ne parlerai pas du Plan XVII qui amenait nos troupes dans le terrain de manœuvre des allemands, ni de l’équipement du soldat français qui comme le légionnaire romain continue à faire la tortue pour se protéger, ce sont des sujets souvent débattus par des historiens plus émérites que moi.

Un petit mot sur la « furia » française : les saint-cyriens qui avaient jurés de mener le premier assaut en casoar et gants blancs, quel sacrifice inutile. L’offensive à outrance prônée par l’état-major outre les pertes énormes qu’elle cause à la troupe provoque une hémorragie de cadres : dans l’infanterie les officiers qui sont devant leurs hommes au moment des charges paient un lourd tribut.

La discipline qui régnait est inimaginable de nos jours : on rapporte le cas de soldats qui dans ces premiers jours de guerre, victime d’épuisement (ou coup de chaleur) au cours de ces marches d’approche ont été simplement abattus. L’exemple aussi d’un clairon voyant nos troupes s’entre-tuer (tirs fratricides) sonne le « halte au feu » et qui est abattu d’une balle de pistolet par son commandant de bataillon. Mais dans de nombreux documents on peut lire l’admiration qu’avaient les hommes pour leurs chefs directs et aussi un certain paternalisme de la part de ces derniers.

Un mot également sur les fusillés (exécutés dans les « règles de l’art » après un procès expéditif et non pas les exécutions sommaires qui elles sont difficilement quantifiables), il ne s’agit pas de tout remettre en question, il est difficile de juger. Mais quelques précisions, cela ne concernait pas que des hommes de troupe, le premier fusillé de la guerre a été un commandant (victime probablement d’un choc psy lié à la violence du combat). Autre cas un jeune saint-cyrien, blessé et à court de munitions au milieu des lignes, réussit à regagner les lignes françaises : il est jugé, condamné à mort, et exécuté sur son brancard. Une véritable inquisition était menée pour faire la chasse à la « blessure noble », celle qui ne vous mettait pas en péril mais vous faisait quitter le front. Malheur à celui qui était pris. Les prisonniers rendus à la France comme Émile n’échappait pas à la suspicion (il me semble qu’il a du s’expliquer devant un conseil de guerre à son retour).

Étrangement en opposition à la mobilisation qui s’est bien déroulée, je relève un manque de savoir-faire dans ce début de guerre, certes ce sont des détails que je cite mais ils sont révélateurs : les JMO (journaux de marches et opérations) qui sont rédigés en temps de paix comme en temps de guerre (avec une périodicité différente) doivent être le reflet précis des opérations (comme indiqué en première page de chaque JMO), hors il s’avère que la plupart ont été écrits a posteriori. On peut comprendre que l’administratif passe après mais cela veut dire que personne n’était désigné pour le tenir au jour le jour. Autre fait l’ensevelissement des morts en cas de pertes massives n’était pas prévu (probablement les pertes massives non plus), ce n’est que plus tard qu’une véritable politique sera mise en place. Ce qui fait qu’en ce début de guerre, pour faire face au pire, les morts étaient ensevelis dans des fosses communes (cela peut se comprendre étant donné les taux de pertes), sans forcément faire de listes d’inhumation, ce qui posera quelques difficultés aux familles pour retrouver leurs défunts. Je vous invite à lire l’excellent livre: « La guerre à coup d’hommes » par Patrick-Charles Renaud aux éditions Grancher, on peut lire certains témoignages qui évoquent l’horreur du champ de bataille dès ces premiers jours de guerre.

Enfin le traitement médiatique de cette bataille des frontières : bien souvent, de ce début de guerre on ne retient que l’entrée en Alsace (qui est un symbole fort) et plus tard début septembre les taxis de la Marne (déjà une action médiatique pour regonfler le moral : 6000 soldats soit 6 bataillons c’est peu sur le volume de troupes engagées, et la course sera payée aux chauffeurs de taxis !!). Il me semble que les sacrifices faits en ce début de guerre ne sont pas assez mis en avant bien que ces premiers combats représentent à eux seuls un quart des pertes de la guerre.

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