Dimanche 19 mars 1916

Ma chère Jeanne.

Combien suis je content de recevoir à présent et assez régulièrement de tes nouvelles. A CANET et POUZOLS personne a rien reçu de moi il y a 19 jours et cependant j’ai écrit bien des fois depuis ce temps-là, sûrement moins souvent qu’à ma chère Melle FULCRAND. Hier soir nous avons été changer les batteries, les positions étant intenables. En cours de route nous avons arrêté un espion boche habillé en officier (médecin major) il était à cheval. Des turcos l’ont aussitôt attrapé par le cou et conduit devant le général. Nul doute que c’est ce boche la qui nous faisait bombarder de la sorte et qui coupait les fils téléphoniques. Il est à présent entre de bonnes mains peut être même fusillé.

Ces cochons de boches nous ont également envoyé hier des obus lacrymogènes ; ce n’est rien de bien bon, heureusement j’avais mon masque contre les gaz sans cela j’étais réglé. Je garde le ferme espoir de revenir sain et sauf au pays natal malgré tous les sales procédés qu’emploient ces bandits pour nous détruire.

Je suis toujours en très bonne santé malgré tout ce fourbi et malgré aussi que je n’ai pu dormir plus de 3 heures depuis 8 jours. Toute la nuit nous rodons comme les chats. Ça finira peut-être bientôt.

Mes meilleures amitiés chez toi. Je t’embrasse bien fort. Ton chéri qui t’aime beaucoup.

Albin REVEL.

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