Dimanche 28 février 1915

LE PUY

Cher ami.

J’ai reçu ce matin ta carte qui m’apprend ton prochain départ. Il est probable que je partirai aussi vite que toi. Malgré l’excédent de volontaires pour le 1er détachement je compte bien en faire partie, comme étant le meilleur tireur de la compagnie (NB: 23ème compagnie du 86ème régiment d’infanterie) et officiellement désigné par mon capitaine pour tirer sur les officiers. On en a pris deux dans ma compagnie, et on a choisi également les meilleurs soldats pour lancer de leurs tranchées des grenades sur les boches.

Lundi ou mardi 2 mars nous devons essayer les effets de guerre et toucher la gamelle noircie extérieurement. Tu vois d’après tout cela que ça prend des couleurs et que nous n’allons pas tarder à déguerpir. Aujourd’hui dimanche je suis consigné pour ne pas être allé le jour convenu retirer l’argent qui m’était dû des effets que j’avais porté de ma maison. Je passe mon temps à écrire.

Il me semble que sur ta carte tu t’es bien gardé de t’étendre ou plutôt de me parler même brièvement de l’intéressante affaire.

Néanmoins il est une chose que tu dois comprendre facilement, d’après tout ce que tu m’as raconté, c’est que je ne puis pas lui écrire afin d’éviter tout chambard possible. Donne-lui tout de même le bonjour de ma part et dis lui qu’elle m’écrive rapidement et longuement à ma nouvelle adresse, sans quoi il pourrait se faire que je sois parti. Sa lettre me parviendrait quand même il est vrai. Tu peux croire mon cher ami que j’aimerai bien de te trouver sur le front et de combattre à tes côtés, qui sait si nous n’aurons pas le bonheur de nous retrouver ?

Mon répertoire étant complètement épuisé je termine en te souhaitant bonne chance et en te priant de recevoir une cordiale poignée de mains de ton ami dévoué.

Albin REVEL.

(Pense à ma commission. Dis lui que j’attends de ses nouvelles avec impatience) A.R.

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