Jeudi 16 décembre 1915

AUX ARMEES

Ma chère Jeanne.

J’ai reçu aujourd’hui de nombreuses lettres, celles que l’on m’envoyai de MOULINS (NB: dans l’Allier), du dépôt ainsi que tant d’autres qui m’étaient directement adressées au secteur 100.

C’était très chic de lire tant de nouvelles et entre parenthèses tes lettres et cartes que j’ai trouvées charmantes.

Hier soir, je n’ai pas été faire cette fameuse corvée, il pleuvait énormément, je me suis fait remplacer par un copain de ma casbah que j’ai payé bien entendu ; oh ! pas très cher 3 francs. Il faut bien cela pour aller tout près des bandits. Nous étions contents tous les deux, à mon tour je pouvais très bien lui payer cette modique somme puisque je fais assez d’économies enfin relativement, n’ayant plus le restaurant à payer.

Il y a un quart d’heure à peine que nous entendions le ronflement d’un moteur d’un ZEPPELIN. Nous nous sommes tous empressés aussitôt d’éteindre la bougie et de sortir du gourbi pour tâcher de voir ce grand saucisson, mais pas possible il était trop loin. A la prochaine visite.

Je suis très content de mon domicile, nous ne sommes que 7 et le brigadier dans la même baraque. Nous nous entendons à merveille. J’aimerai d’être affecté définitivement à cette pièce malgré que je sois aux avant-trains (NB: Partie logistique de la batterie qui se trouve au plus près de la pièce.) ou si tu préfères tout près de la batterie de tir. Voici toutes les nouvelles du jour. Ce n’est pas long n’est-ce pas ?

Pour parler plus longuement je devrais empiéter sur le chapitre de la censure. Comme je ne tiens pas à me faire rappeler à l’ordre tu me comprends bien… Je t’embrasse bien fort et te prie de donner le bonjour à Maman et PAULETTE (NB:Sœur de Jeanne Fulcrand.) si toutefois tu es la première à décacheter la lettre. Mille baisers de plus.

Albin REVEL

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