Jeudi 31 août 1916

Ma chère petite Jane.

A l’instant même je reçois tes deux belles cartes (sous la même enveloppe) j’y réponds.

Pourquoi te figures-tu que j’ai été bien ennuyé il y a quelques jours. Ces petites affaires passent si vite et je m’en voudrais toujours d’avoir été aussi nigaud de te raconter pareilles choses. Pour une engueulade de bureau alors qu’il n’est pas possible de s’attendre à autre chose.

Ce n’est rien mais puisqu’il te tarde de le savoir voilà en deux mots ce qui s’est passé : j’étais parti en corvée à VIC SUR AISNE avec une charrette. Un bleu nouvellement arrivé du dépôt était venu avec moi également. Il avait sur sa charrette un troisième poilu qui devait nous aider à charger nos deux charrettes. Or, il s’est fait qu’en route le bleu a versé et il même fallu un bon moment pour ramasser son cheval et ses bagages. Pour cela je lui ai aidé, j’étais chef de corvée comme ayant fait le peloton. En arrivant au bureau l’adjudant-chef qui commande l’échelon (NB: Là où on trouve les services de la batterie (caissons, forge, fourgons à vivre, etc…). Il pourvoit au remplacement des pertes subies par les pièces et à son ravitaillement. ) m’a demandé pourquoi nous arrivions si tard. Je lui explique mon cas. Aussitôt il me traite d’andouille, vous auriez du venir avec votre charrette et ne pas vous occuper du bleu, il se serait débrouillé. C’est tout.

Aujourd’hui la colère m’a passé. Ce même adjudant m’a fait des compliments, je ne le gobe pas d’avantage pour cela.

(écrit à l’envers, au-dessus de l’en-tête)

Bonne santé, vous en souhaite de même. A demain d’autres détails. Mille caresses pour ma chère petite Jane. Amitiés à tous. Albin.

(sous le mot Jane 🙂 une grosse bize. Albin.

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