Lundi 25 décembre 1916

Ma chère Jane.

Ne t’en rapporte pas à la date de cette lettre car c’était hier le jour de Noël et aujourd’hui que je t’écris le 26 Décembre.

C’est curieux, n’est-ce pas? Et pourtant je n’avais pas la flegme de t’écrire pour laisser si rapidement de côté cette carte lettre. Mais c’est parfois si drôle ce qui se produit et surtout ici que j’ai quelque chose à dire là dessus. En quelques mots ce qui s’est passé seulement.

Il était à peu près l’heure de panser les chevaux quand je commençais la lettre que je t’avais promise la veille. Tout à coup je voyais courir quelques uns de mes camarades, d’autres qui descendaient leurs couvertures pour les rouler. C’était une alerte, il fallait se préparer à partir malgré que nous dussions rester. Un poilu qui avait joyeusement fêté l’arrivée au monde de N. S. J. C. met dans son affolement le feu au grenier à foin où il couchait. Evidemment il fallut l’éteindre et débricoler immédiatement les chevaux puisque ce départ n’était qu’une fausse alerte.

Si cette petite manoeuvre ne nous avait pas été commandée la maison serait peut-être intacte aujourd’hui.

Crois moi, le jour de Noël ne travaille pas, ballade toi bien au contraire.

Quant à permission, le sous-off avait voulu m’acheter, j’ai été moi-même me renseigner auprès du secrétariat du commandant de groupe (NB: Un groupe d’artillerie comprend en principe 3 batteries et un régiment comprend 3 ou 4 groupes.) que je connais très bien, il m’a dit que je n’étais pas sur les premières listes et que s’il en avait été autrement il m’aurait prévenu. Alors la partie est remise à fin février, ce n’est que juste du reste.

Melle F….. m’annonce aujourd’hui que son mariage est retardé, elle me prie en outre de faire mon possible pour aller à sa noce. Je n’irai pas. Toujours en très bonne santé vous en souhaite de même à tous.

Papa doit être arrivé, je te crois bien occupée pour m’avoir laissé deux jours sans nouvelles. Aurais-je une longue lettre demain ?

Mes meilleures amitiés à toute la famille et garde pour toi ma chère Jane deux gros baisers.

Albin.

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