Vendredi 14 juillet 1916

Ma chère Jeanne

Tu voudras bien m’excuser si je t’écris aujourd’hui sur un lamentable bout de papier. Je n’en ai pas d’autre sur moi et il m’est impossible d’aller en chercher dans mon sac puisque je suis de garde aux caissons de ravitaillement (NB: Ce sont des caissons attelés qui permettent le transport d’un supplément de munitions. Une partie des munitions sur le canon de 75 est transportée dans un caisson qui fait partie de l’attelage du canon.).

L’abandon de poste entraîne le conseil de guerre. Alors tu comprends…

Toujours en bonne santé.

J’ai le cafard (NB:  » Cafard : dehors, il vente. Morne réveillon ! Il semble que ces grands anniversaires nous rendent plus tristes que de coutume… Demain, peut-être demain ? Certes beaucoup les yeux ouverts dans l’ombre, songent à cette boucherie, voient leur chair écartelée et pantelante… L’angoisse m’étrangle. Ce bouillonnement d’animalité et de pensée, qui est ma vie, tout à l’heure va cesser… C’est fini ! je n’ai que 21 ans. Ah si j’échappe à l’hécatombe comme je saurai vivre !  » Paul LINTIER étudiant en droit, maréchal des logis au 44ème régiment d’artillerie tué le 15 mars 1916.) aujourd’hui comme je ne l’avais pas eu depuis longtemps. Et toi chérie ? Triste 14 juillet ! Si seulement celui de 1917 pouvait être plus gai ce serait chic.

Voilà 2 jours que je n’ai reçu de tes nouvelles. Je crois que c’est en partie ce qui me donne le cafard. Espérons qu’il disparaîtra demain à l’arrivée de ta lettre. Je te renseignerai la dessus.

Il me tarde que ce peloton soit bâclé. J’en ai rudement marre. Vivement la fuite au galop.

Affectueux bonjour à tous ; et garde pour toi ma petite Jeanne que j’aime beaucoup mille gros et affectueux baisers.

Albin REVEL

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