Croix de Lorraine – suite 4

4. DU SYMBOLE RÉGIONAL AU SYMBOLE NATIONAL.

4.1. LA COLLINE INSPIRÉE, LE SYMBOLE RÉGIONAL.

La butte de Sion-Vaudémont, en forme de fer à cheval, est isolée en avant des côtes de Meuse. C’est un des plus célèbres belvédères sur le pays lorrain en même temps qu’un de ces hauts lieux historiques « où souffre l’esprit » selon la formule de Maurice Barrés, qui lui donna le nom de « colline inspirée ». Dans ce véritable sanctuaire de la Lorraine, de grands pèlerinages rassemblent les foules, surtout de Pâques au début d’octobre.

Vingt siècles de prières. – II y a 2 000 ans, les Celtes adorent déjà sur la colline les dieux de la Guerre et de la Paix. Au 4ème siècle, le christianisme chasse les idoles et le culte de la Vierge remplace celui des divinités païennes. Au 10ème siècle, saint Gérard, évêque de Toul, fixe cette dévotion d’une façon définitive. Elle s’étend à toute la contrée, grâce à la protection des comtes de Vaudémont et des ducs de Lorraine. On prie sur la colline pour les Croisés qui guerroient en Terre Sainte.

Plus tard, c’est sous la bannière de Notre-Dame-de-Sion que le duc René II défait le Téméraire devant Nancy. Enfin, à une époque plus récente, lorsque par trois fois la guerre et son pesant cortège de désolations s’éloignent, le sanctuaire accueille les foules venues remercier la Vierge.

Le 10 septembre 1873, quand les derniers soldats prussiens eurent quitté la Lorraine non annexée, 30 000 pèlerins vinrent célébrer le couronnement de Notre-Dame-de-Sion. Ce jour-là, une plaque symbolique apportée par les Lorrains de la partie annexée fut placée dans l’église. Elle portait une croix de Lorraine brisée, avec une inscription en patois: « Ce n’a me po tojo » (ce n’est pas pour toujours).

Le 24 juin 1920, toute la province se trouva de nouveau assemblée sur la colline, mais cette fois pour célébrer la victoire. Au cours d’une cérémonie, Maurice Barrés fut chargé de masquer sous une palmette d’or la brisure d’autrefois, et les mots  » Ce n’ato me po tojo » (ce n’était pas pour toujours) furent gravés au-dessus de la plaque.

Le 8 septembre 1946, une fête de l’Unité française réunit 80 000 personnes autour de la Vierge de Sion et le général de Lattre de Tassigny plaça sur l’autel une nouvelle croix de marbre portant l’inscription :  » Estour inc po tojo » (maintenant c’est pour toujours).

Le 9 septembre 1973, une  » fête de la Paix  » rassemble 10000 pèlerins, dont les invalides et ex-prisonniers de guerre allemands. Une banderole de marbre portant le mot  » Réconciliation  » est apposée au-dessus des inscriptions précédentes, et un  » monument de la Paix  » érigé à l’entrée du Plateau.

4.2. LA RÉSISTANCE, LE SYMBOLE NATIONAL.

Durant la dernière guerre, la Croix acquit une notoriété mondiale lorsqu’elle devint le signe de ralliement de la Résistance et l’emblème de la France libre du général de Gaulle. Le capitaine de corvette Thierry d’Argenlieu, écrivit à de Gaulle qu’il fallait aux Français libres une croix pour lutter contre la croix gammée.

Pavillon des Forces navales Françaises Libres

Dans son ordre général N°2 du 3 juillet 1940 le vice-amiral Émile Muselier (1882-1965) nommé l’avant-veille au commandement des forces navales et aériennes françaises libres, créa pour les forces françaises ralliées à de Gaulle un pavillon de beaupré (carré bleu avec, au centre, la croix de Lorraine en rouge par opposition à la croix gammée) et pour les avions, une cocarde à croix de Lorraine. Muselier était d’origine lorraine et les armes du 507e Régiment de chars de combat que commandait le colonel de Gaulle au moment de la guerre comportaient une croix de Lorraine.  » J’estimais, disait-il, qu’il était nécessaire de donner à notre mouvement l’allure d’une croisade et qu’il fallait choisir un emblème que l’on pût opposer à la crois gammée « .

Grand collier de l’Ordre de la Libération

Et le 29 janvier 1941, Charles de Gaulle institua l’Ordre de la Libération qui a pour insigne  » un écu portant un glaive surchargé d’une Croix de Lorraine « . Le symbole a été adopté ensuite par tous les français libres et figurera sur de nombreux insignes, notamment sur la croix de l’Ordre de la libération crée à Brazzaville le 16 novembre 1940, sur la médaille de la Résistance, sur la médaille commémorative des services volontaires dans la France Libre.

La Croix de Lorraine est également présente sur des monuments et sur les timbres créés sous les gouvernements du général de Gaulle. Le fanion du général de Gaulle ornant sa voiture officielle était tricolore à croix de Lorraine, mais le Général avait refusé que la croix de Lorraine figurât sur le drapeau tricolore de la République française ainsi que sur les cachets officiels de la V République. En 1972, la croix de Lorraine a été choisie comme motif du mémorial Charles de Gaulle à Colombey-les-Deux-Églises.

4.3. COLOMBEY LES DEUX ÉGLISES, LA BOISSERIE.

4.3.1. LA BOISSERIE.

Charles de Gaulle et sa femme achètent La Boisserie le 9 juin 1934. A cette époque ils ont trois enfants: un fils de 12 ans et demi, une fille de 10 ans et une autre fille âgée de 6 ans née handicapée mentale. Cette petite fille, être vulnérable, avait besoin de grand air. C’est donc la petite Anne qui sans le vouloir, fut la cause de l’installation de ce ménage venu de Paris pour être  » au vert  » et éloigné de la vie trépidante de la Capitale. A cette époque cette maison s’appelle la Brasserie mais sera rebaptisée avec plus d’élégance La Boisserie.

Après la Libération la Boisserie dû subir d’importantes réparations ainsi que des transformations. Le chauffage central à l’électricité et l’eau chaude est installé et une tour hexagonale construite en moellons par souci d’économie, est ajoutée à l’extrémité de la maison pour l’agrandir; avec le temps la vigne vierge unifiera l’ensemble. C’est au rez-de-chaussée de cette tour que le général aménagera son bureau.

4.3.2. LA CROIX DE LORRAINE.

L’érection de cette croix, symbole de l’extraordinaire destin de Charles de Gaulle et de son combat, a été permise grâce à une souscription nationale et internationale. Elle mesure 43.5m de haut et son bras le plus large fait 19m. Construite en bronze et en granit elle pèse 1500 tonnes. La souscription à laquelle ont répondu, non seulement la France, mais aussi 62 pays étrangers, a réuni 7 millions de francs, dont il faut relever les 270.000 francs que 25000 citoyens Sénégalais ont réussi à offrir.

4.4. AUJOURD’HUI.

4.4.1. SOUVENIR DE LA RÉSISTANCE.

La Croix de Lorraine se retrouve sur de nombreux insignes d’unités militaires. Elle peut représenter soit la région lorraine en raison du lieu de création de l’unité ou de son stationnement, soit représenter l’appartenance d’une unité militaire à la Résistance.

De nombreuses communes de Lorraine, ainsi que Colombey les Deux Églises portent la Croix de Lorraine sur leur blason.

La Croix de Lorraine est également partout présente en France sur les monuments aux Martyrs de la Résistance.

4.4.2. SPORT.

Il y a les  » Verts  » de Saint-Etienne, les  » Canaris  » Nantais et les  » Grenats  » de Metz. Une couleur qui oscillera souvent entre rouge et bordeaux mais dont le nom colle à la peau du Football Club de Metz depuis ses débuts, en 1932. Marié au blanc, il symbolise les deux clubs dont la fusion chahutée a donné naissance au FCM. Le grenat (shorts, parements et manches) du C.A de Metz s’était uni au blanc (maillot) de l’AS Messine.

Fier de son grenat, le F.C. Metz l’est plus encore de sa Croix de Lorraine. Un insigne officiel qu’il est le seul à avoir eu droit de porter au lendemain de la dernière guerre. Un symbole dont la légitimité historique a été complétée par une légitimité sportive, puisque le club messin a remporté, le 10 mai 1945 à Marseille, la Coupe de la Libération rebaptisée deux jours plus tôt Coupe de la Victoire.

4.4.3. DIVERS.

La Croix de Lorraine se retrouve sur l’insigne du parti politique le rassemblement pour la République (RPR), en référence à son fondateur le Général de Gaulle.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *