Septembre 1914 – juillet 1915 captivité et retour

Le 3 septembre 1914 :

Là je reste en observation jusqu’au 3 septembre, le médecin chef voyant que les chairs ne pouvaient pas repousser, qu’il n’y avait aucun espoir de me sauver le pied me dit ceci « Voulez vous nous laisser couper le pied sinon vous allez mourir » ça me fait beaucoup de peine mais j’ai dit au Docteur qu’il fasse ce qu’il y avait à faire. Alors on me transporte à l’hôpital et on m’ampute de suite, on me coupe le pied tout près de l’articulation de la cheville,


Je n’ai pas encore 25 ans et me voilà avec un pied en moins que vais-je devenir, adieu mon métier de maître d’hôtel. Mais je pense aussi à mes camarades qui ont été tués à côté de moi ou à ceux bien plus gravement touchés que moi qui agonisaient à Saint-Médard et à Marsal, finalement je suis toujours vivant. Dire que ça a commencé il y a un moins d’un mois, où sont nos troupes maintenant ?

Le 6 septembre 1914?? :

mais voilà qu’au bout de quelques jours la gangrène se déclare et on résolut de m’amputer au dessus de la cheville, je me rétablis petit à petit

Décembre 1914 :

et en Décembre je pouvais enfin quitter l’hôpital je n’étais pas tout à fait guéri il me restait un espace comme une pièce de 2 francs à cicatriser, mais ça ne guérissait pas car l’os dépassait.

Février 1915 :

Emile-Castanie-ampute


Émile prisonnier avec son beau-frère (le plus grand des 3)

je suis resté comme ça jusqu’au mois de février où le Docteur décide de m’en couper encore un petit bout, enfin après avoir bien souffert je quitte l’hôpital pour aller au Lazareth1, là on décide de nous envoyer à Stuttgart pour avoir un appareil sitôt en possession de mon appareil j’ai demandé à aller au Camp avec Eugène2, c’est l’aumônier qui était complice dans l’affaire et qui nous faisait l’échange des lettres, j’ai quitté le Lazareth j’avais encore un petit trou de la grosseur de la tête d’une épingle par laquelle était sorti un éclat d’os, mais maintenant tout ça est guéri. Quelle joie pour nous lorsque nous nous sommes rencontrés avec Eugène, nous nous sommes débrouillés pour être ensemble, nous couchions à côté l’un de l’autre et mangions ensemble le soir nous allions nous asseoir sur un tas de briques et parlions de vous c’était la seule distraction de la journée. À part les distributions des lettres et des colis que nous attendions avec impatience. Le Dimanche nous allions à la Messe voilà tous les événements du Camp.

Le 29 juillet 1915 :

Quelle joie pour moi le jour où on nous a appris que nous allions être rapatriés, mais quel regret aussi de quitter Eugène ça lui a fait beaucoup de peine de me voir partir, mais je pense qu’avec le temps le cafard lui aura passé. Après quelques jours passé dans le Duché de Bade à Breisach nous sommes allés à Constance où j’ai été rapatrié le 29 juillet. Je devais aller à Marseille mais j’ai rencontré la tante ici et je me suis décidé à rester à Lyon.


Épilogue

Voici donc Sa Guerre, telle qu’il l’a vécue et racontée dans une lettre retrouvée dans les années 2000, que d’émotions quand j’ai lu ce récit !

Cent ans, il y a cent ans de ça !!! Une éternité, non c’était hier finalement !! J’ai pris la liberté d’écrire à sa place, sans prétention aucune, en espérant ne pas avoir trahi sa pensée, lui qui nous a si peu parlé de cette période là.

Il y a cent ans de cela c’était des hommes jeunes qui partaient à le guerre, alors ne regardons pas Émile à travers le souvenir d’un homme âgé pour ceux qui l’ont connu ou de ses dernières photos mais pensons plutôt à ce jeune soldat d’une vingtaine d’année, fier de poser en uniforme comme sur la page de couverture.

Le 20 mars 2014

Didier Castanié

1Lazaret: hôpital militaire (terme allemand).

2Son beau-frère, voir la photo de tous les deux dans le camp de prisonnier sur le résumé de la vie d’Émile.

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